PAR Le Duck

juillet 7, 2020

Aujourd’hui, j’ai décidé de te parler à toi, le papa d’enfant autiste. Toi, le super-héros tapi dans l’ombre, tel Batman. Toi qui défends non pas la veuve et l’orphelin mais ta femme et ton rejeton.
Tu transpires comme une vache avec cette combinaison en plastique ? Ouais graaaaaaave mais telle est la dure loi de la jungle ozustienne.  😈 

Voilà maintenant plusieurs années qu’Ozuste existe et que j’y écris ce qu’il me passe par la tête quand l’envie me prend.

Oui, bon, je sais, six articles en 6 ans… ça ne fait pas lourd. Je suis une grosse feignasse. J’ai récemment parcouru toutes les bêtises que j’ai pu écrire et les centaines de commentaires tous plus gentils les uns que les autres… et soudain… j’ai fait tilt !
Quelque chose m’a sauté aux yeux : les commentaires sont quasi intégralement écrits par de super mamans. Tiens donc ! 
Mon cortex étant, pour une fois, branché, une question m’assaille donc ! Pourquoi que donc seulement des mamans liraient ce blog écrit par un grand dadais de papa aux grandes oreilles ? 

Mesdames, du coup, aujourd’hui, je vais m’adresser à vos conjoints. Il va falloir me coopter !
Vous êtes bien évidemment les bienvenues. Le sexisme n’est pas invité chez moi : prenez donc un cigare et une petite mousse ! Vous m’excuserez pour les raccourcis que je vais fatalement faire. Il parait que les femmes viennent de Vénus et les hommes de Mars ? Je n’en ai personnellement aucune idée : je viens de Saint-Etienne. Oups.  :mrgreen: 

Allez, posons les règles du jeu, Batman, histoire qu’on se comprenne bien.

Règle 1 : Je vais t’appeler Jean-Bruce. J’aime bien utiliser des prénoms composés. J’ai hésité avec Jean-Eudes.

Règle 2 : Tu ne me connais sans doute pas. Il y a même de grandes chances que ta femme vienne juste de te passer son téléphone en te mettant un coup de coude dans les côtes pendant que tu es en train de regarder Rambo 2 sur TMC. Elle t’a probablement dit : « tiens, tu devrais lire ça plutôt que de regarder ces conneries » et tu t’attends à lire un truc bien plombant.
Ce n’est pas trop mon style… Mais bon, puisqu’il faut te saper le moral, je vais te spoiler : A la fin, John Rambo pète tout avec sa grosse mitraillette et Murdock va ch*** dans son benz.

Règle 3 : Je suis là pour partager 2-3 choses de ma propre expérience. Si ça te parle, c’est cool. Sinon, c’est cool aussi. Je ne suis pas un donneur de leçons et déteste ça !

Règle 4 : Tiens, une confidence qui restera entre toi et moi :  ma femme ne comprend pas toujours pourquoi je ne réagis pas comme elle… Si la tienne lit ce qui suit alors peut-être qu’elle te foutra enfin la paix quand tu regardes Rambo 2. Meuuuuh, j’déconneeeee !!!!! Je la vois déjà prendre un air effarouché !

Règle 5 : Je suis loin d’être aussi intéressant que Rambo 2.

Bon, avant de creuser un peu… Faisons connaissance, si tu veux bien !

1) Le persona du papa

Allez, je ne vais pas lancer une étude de marché… du coup, j’essaie de t’imaginer… En marketing, on appelle ça faire un persona.

Tu t’appelles donc Jean-Bruce ou quelque chose d’approchant. Tu es un peu vieux pour t’appeler Kevin, heureusement.
Tes deuxièmes et troisièmes prénoms, si tu en as, sont ceux de tes grands-pères, oncles, grands-oncles voire ton père… et sont donc probablement vieillots. Il doit y avoir du Eugène, du Bernard, du François ou du Patrick là-dedans.
Tu as un rejeton autiste… donc c’est probablement un petit mec puisqu’ils représentent 80% de ce club.
Ta femme lit encore des trucs sur la parentalité entre deux sessions sur Vinted… Ton enfant habite donc encore chez toi et a… entre 2 et 16 ans, je dirais… Du coup… Il y a de grandes chances que tu ais entre 30 et 45 ans. 
Tu serais donc né entre 1975 et 1990 ce qui explique ton attrait pour Rambo 2… Hop ! La boucle est bouclée, colonel !
Tu aimes probablement aussi Indiana Jones ou Retour vers le Futur quand j’y pense. 
Tu as essayé de faire le pas du canard d’Angus Young dans des boums, tenté de jouer Smells Like Teen Spirit ou Wonderwall à la gratte, tu n’avais pas de smartphone quand tu étais adolescent, tu as bu du Malibu et peut-être même retourné ta Playstation 1… Les avertis comprendront.
Je continue ? OK !
Tu sais ce qu’est une papinade ou d’où vient l’expression « Toi, tu t’appelles Nathalie ? Avec tes yeux bridés et ta face de citron !? »… 
Va savoir, peut-être même que tu as rêvé d’avoir une 103 SP avec un pot Ninja ou une 205 GTI… Et tu es catégorique : le plus grand basketteur de tous les temps est Michael Jordan, pas LeBron James.

cobainAh la vache, ça pète les doigts, les barrés !!!!

Allez, avoue ! J’ai coché quelques cases ! Si c’est le cas, on se ressemble et on va bien s’entendre, probablement.

Nous sommes papas d’enfants autistes. Or, puisque j’ai fait l’école à la maison récemment, j’ai redécouvert que dans l’expression « papa d’autiste », « d’autiste » est le complément du nom et « papa » le « noyau » du groupe nominal. Du coup, nous allons déjà parler du rôle de papa. Cap sur les généralités à deux francs cinquante…

Oui, on parle entre vieux, du coup je parle en francs. 

2) La paparentalité… 

Un jour, un soir ou un matin, ta femme t’a probablement collé un bout de plastique à l’odeur louche sous le nez en t’annonçant la grande nouvelle : Tu allais être papa pour la première fois. Je crois qu’on en a tous un souvenir très personnel. Peut-être était-ce prévu ou pas du tout… Chacun son histoire. Personnellement, hormis la joie, je crois que mon sentiment premier dans cette situation a été… la terreur. 

Les semaines ont passé : Tu as vu ta femme s’arrondir jour après jour, atteindre un poids qui a commencé à te faire flipper un peu… Tu lui as peut-être massé les pieds ou passé de la crème anti-vergetures… Tu as réduit ta consommation d’Heineken et/ou de Marlboro pour lui faire plaisir… Et tu t’es soudain retrouvé dans un monde où tu faisais semblant d’être parfaitement à l’aise… comme si choisir une poussette ou acheter un arbre à biberons chez Aubert était quelque chose de parfaitement naturel pour un homme lambda. C’te blague.
Allez, avoue… cette voix qui te hurlait dans la tête « MAIS QU’EST-CE QUE JE SUIS EN TRAIN DE FOUTRE ?« , je crois qu’on l’a tous entendu.

Tes potes sans enfant t’ont posé la question : « Quand est-ce que tu as senti que tu étais prêt à être père ? ». Moi je réponds toujours « euuhhhhhhh ». Je ne l’ai jamais senti ou prémédité. Ma femme ne sait pas compter, c’est tout.

femme ivreMais si, ze sais compter ! 8-6, 1664, 33 Export...

Ils ont peut-être enchaîné avec « Quand est-ce que tu t’es senti papa ? ». Moi, je réponds toujours « Quand on me l’a posé dans les bras. Tiens, passe-moi donc une bière, mon coco ».

Avouons que la paparentalité, ça devient vraiment concret quand on a le mouflet dans nos paluches. Ta femme l’a senti venir pendant 9 mois et a eu une expérience… disons douloureusement intime de son arrivée… Nous, ça a un côté beaucoup plus soudain. 

T’as beau te dire « Quand je serai grand, je serai papa »… Le jour où on te dit « Ayééééé ! », tu passes de 0 à 1. Binaire. En l’espace de quelques minutes, ta vie bascule complètement et tu te retrouves bien incapable de définir ça quand on te pose la question. Allez, je t’aide en sortant un mot disparu : c’est « ineffable »

Ineffable : « Qu’on ne peut exprimer par des mots en raison de son intensité ou de sa nature. » (Source Larousse, nous sommes sur un blog sérieux, oui mon Jean-Bruce !). De rien.

Bon, c’est vrai, j’exagère un peu. Tu as très légèrement préparé le terrain.
Pendant ces 9 mois de grossesse, tu t’es en effet posé deux questions fondamentales :

  • « Si c’est un mec… A quel âge pourrai-je l’initier à FIFA ? « 
  • « Si c’est une fille… Combien ça coûte une Kalachnikov ? Les crétins qui vont lui tourner autour n’ont qu’à bien se tenir. »

Hop ! Carotte arrive (Carotte, c’est ton rejeton) et te voilà parti dans ton rôle de père. A toi les expériences nouvelles :

  • Sprouik, tu te mets de la merde plein les mains en changeant les couches.
  • Sploutch, Carotte te tartine ta chemise avec du Blédina juste avant que tu partes au boulot. Tu étais déjà à la bourre.
  • Crac, tu te pètes le dos dans la douche ou la baignoire pour lui donner son bain.
  • Snif, tu fais une croix sur ta libido.
  • Ouin, tu considères un lever à 7h00 du matin un dimanche comme une grasse matinée.
  • Pfff, ta femme t’embête avec des blogs et des magazines sur la parentalité… quand tu regardes Rambo 2. 

Chapeau Jeannot, t’es un bonhomme.

Bon, ce n’est pas tout mais… et si on parlait de ta moitié, un peu ?

3) Why’d you have to go and make things so complicated?

Il envoie du steak mon titre, hein ? Il n’est pas de moi mais d’Avril Lavigne… Je kiffe son nom. Ça m’a toujours fait penser à « A la poursuite d’Octobre Rouge », le film avec Sean Connery dans un sous-marin indétectable (Avril Lavigne => Octobre Rouge, t’as compris le coup ?).
Du coup, je me dis qu’ils auraient pu faire un film intitulé « A la poursuite d’Avril Lavigne » où Sean Connery galère dans les allées d’un Pimkie en tentant d’être indétectable vis à vis des vendeuses qui sentent bon et de leur célébrissime : « J’peux vous aideeer !!!????? ».
Comment ça, c’est capillotracté ?
Oui, bon, je m’égare.

En tout cas, je me suis fait une réflexion il n’y a pas longtemps : les femmes s’inquiètent tout le temps… et sur à peu près tous les sujets.

Ça pourra être l’éducation des enfants, son poids, l’âge qui avance, le nombre de calories de tel plat (merci Yuka)… savoir si tu l’aimeras vraiment toute la vie, si sa copine Babette se remettra de sa rupture avec Claude-Xavier…
Tout ça… tu t’en bats un peu les roustons… hormis peut-être son poids. En plus, tu n’as jamais aimé Claude-Xavier : le vin de « son petit producteur » qu’il t’imposait depuis 10 piges était dégueulasse.

villageoiseSi tu ne veux pas avoir mal à la tête, faut boire bon !

Tu penses peut-être que ta femme accorde beaucoup trop d’attention aux détails et se pose mille questions dont certaines te semblent un peu futiles.
Oui, on s’en fout de deux pauvres chaussettes qui traînent à côté du lit… Tu les ramasseras l’année prochaine, promis ! 
Oui, on s’en fout de quel côté il faut mettre le couteau par rapport à l’assiette… du moment que la côte de bœuf est bien cuite.
Oui, tu ne comprends pas ce qu’elle fout encore dans la salle de bains à 12h45 quand tu as promis à ton pote Eugène d’être là à 12h30 pétantes et qu’il t’envoie des textos du type « Kestu fous Jibé ? On a attaké l’apéro ! ».
Oui, elle va lire des magazines comme Psychologies ou des blogs… toi t’es sur l’Equipe.
Oui, elle te dira « j’ai besoin de me prouver ça à moi-même, à ma mère, mon père, etc… » quand tu diras fièrement « moi je n’ai rien à prouver à qui que ce soit ».
Enfin… quand elle était petite, elle voulait construire une famille avec des enfants… Toi, tu voulais une Porsche ou jouer de la gratte comme Joe Satriani… Faut croire qu’elle a gagné.

Conclusion ? Les femmes arpentent le chemin de la perfection et veulent progresser. 
Du coup, elles ont une vie naturellement bien plus compliquée que la nôtre à cause de leur condition de femme, bien sûr, mais aussi grâce à leur manière d’être. 
Le chemin de la perfection ? Tu es convaincu qu’il n’existe pas… et si c’était le cas, tu aurais plutôt tendance à le fuir. Ta femme, elle, l’arpente d’un pas décidé. Un vrai petit chamois ! 

Morale de l’histoire ? Ta femme est préparée aux choses compliquées. Elle est même programmée ! 
Tu vas voir, elle est prête. Toutes ces petites choses que tu trouvais agaçantes, ce sens du détail et cette nécessité de devoir prouver toujours plus… l’ont doté d’une grande ténacité et d’une faculté indéniable à affronter les difficultés.
Ta femme, c’est Musclor… et tu ne verras plus jamais Taylor Swift de la même façon après ça.

De rien. 

Musclor versus Taylor SwiftFrange Musclor versus frange Taylor Swift... Le match !

Quand on a un gamin autiste, on peut aisément prévoir une chose : la vie va être « un peu » compliquée. Du coup, beaucoup de papas se mettent dans le sillage de leurs femmes qui défoncent les premières barricades et voient arriver, petit à petit, un précieux aide de camp qui va aussi commencer à défoncer les méchants. 

Comprends-moi bien, Jean-Bruce. Ce que je te raconte ne remet pas en cause ton statut de mâle viril et protecteur et tout ça tout ça. 

Ce que je te dis simplement, c’est que si tu as vécu l’arrivée de ton rejeton comme quelque chose d’un peu brutal auquel tu n’étais pas préparé alors que ta femme l’était plus… tu peux aussi mettre un peu plus de temps à t’enclencher. C’est comme un moteur de tondeuse : quand il est froid, il faut mettre le starter. 

Diantre, quelle métaphore de haut niveau… A moi l’Académie Française !

C’est ça qui est un peu difficile quand on est un « vrai mec » ou du moins qu’on espère l’être : accepter qu’on n’a pas toutes les réponses et que notre femme est bien plus forte que nous, du moins en ce qui concerne le « management » d’un enfant autiste. Il y aura toujours des exceptions mais dans 95 % des cas, c’est pourtant vrai.  

Quelle chance nous avons, mon Jeannot !

Bon, quand il aura cessé d’être un tube digestif qui mange et qui chie, on va en faire quoi de ce petit jambonneau baveux ?

4) Mon rôle de père ? J’ai tout prévu !

Avant l’arrivée de ton rejeton, tu te disais quoi ?

Un truc de ce style ?
« Moi, mon gosse, je veux qu’il devienne médecin, avocat ou contremaître et qu’il épouse une jeune fille de bonne famille, parbleu ! »

Mouais… tu t’es trompé d’époque. Je ne sais même pas si ton grand-père se serait dit ce genre de trucs.
Cela soulève une question : La voie toute tracée vers le bonheur obéirait-elle à certains « standards » selon l’époque ? 
Admettons… Devrions-nous désormais dire : 
« Moi, mon gosse, je veux qu’il soit SWAG/hipster/geek, qu’il devienne youtubeur/startuper/footballeur, qu’il se pacse/marrie/union libre/c’est compliqué/ avec un/une homme/femme noir(e)/blanc(he)/jaune/autre avec des tonnes de followers. Wesh alors ! » ?

Ça me semble peu vraisemblable. En fait… je crois même que les standards du bonheur n’existent plus si tant est qu’ils aient existé un jour.
Du coup… Je crois que c’est une super nouvelle !

batman gifle

Quand on a un gosse atypique, l’absence de standards est plutôt une bonne chose. Ça ne rend pas le truc facile, bien sûr, mais ça nivelle les attentes.

….

Les attentes ? Quelles attentes ? Mais… qu’est-ce que je raconte, moi ?  ❓ 

….

Tiens, je vais te poser une question. T’es prêt ?

….

….

….

« Tu attends quoi, Jean-Bruce ? »

….

….

….

Que j’arrête de t’emmerder avec mes questions ?
Gniiiinnnn, mauvaise réponse ! Tu as le pouvoir, tu peux donc fermer ton navigateur à tout moment et relancer Rambo 2.
….

….

….

« Tu attends quoi, JB ? »

….

….

….

Comment ça ma question n’est pas claire ? Comment ça, ça dépend ?
Mais je n’en sais rien, moi ! C’est à toi que je pose la question ! C’est à toi d’avoir la réponse !

….

….

….

« Qu’est-ce que tu attends ? »

….

….

….

Jean-Bruce ? Tes yeux commencent à se dire merde ? Voilà, on y est ! T’attends quoi ? Rien !

Tu vois, ça fait maintenant 10 ans que je suis le papa de Caramel (c’est mon fils) et je te livre un truc évident : j’aurais envie de dire à quelqu’un qui « attendrait » d’un de ses enfants qu’il soit comme ça ou comme ça… « Put*** mais pour qui tu te prends ?« 

Je ne crois pas qu’un parent devrait dire à son rejeton qu’il doit être de telle ou telle manière mais plutôt de défoncer les barricades qui l’empêcheraient d’être lui-même, justement. 
Notre rôle, c’est qu’il soit aimé par ses parents, qu’il ait une éducation, qu’il puisse dormir à couvert et qu’il ait quelque chose dans son assiette. Le reste ne nous appartient pas… Ce n’est finalement pas si compliqué, sur le papier. Ce qui complique le tout, ce sont les « objectifs » ou les « attentes » qu’on se fixe nous-mêmes.

L’ennemi, c’est nous. Et je crois que quand on a un enfant autiste, l’ennemi est encore plus méchant pas beau.

Tiens, tu vas voir, je vais te poser une autre question totalement ridicule : Quel est le point commun entre Mohamed Ali, Elon Musk, Afida Turner et Joey Starr ?
Oui, bon, je ne suis pas convaincu du choix de mes exemples et un(e) intrus semble s’être glissé dans la liste mais bref. Alors ?

assumer sa difference
Tu vas me dire « T’as craqué, tu mets Afida Turner à côté de Joey Starr ? T’es un ouf ! » et tu as raison. C’est limite. Il va venir me péter les dents s’il tombe dessus. Allez, c’est quoi leur gros point commun ? 

Réponse : Ils assument qui ils sont. (oui, bon, Mohammed Ali est mort mais il est immortel du coup je parle au présent)

Tu aimes ou tu n’aimes pas. Chacun a le droit d’avoir son avis mais ils sont qui ils sont. Point. Et leurs fans respectifs les admirent pour ça.  

Assumer ce qu’on est, c’est super SWAG…

Ayé, t’as vu ce que tu me fais faire !? Je viens de faire la promotion d’Afida Turner… Ma vie bascule. 

Il y a une sorte d’effet pervers quand on est parent d’enfant avec autisme : on prend la fâcheuse habitude de tout vouloir contrôler… Et si la vie nous enseigne pourtant quelque chose… c’est qu’on ne contrôle pas grand-chose. « Nous sommes l’arc, ils sont les flèches » comme le dit Florent Pagny.

Oui, je sais, je cite des philosophes dans ce paragraphe. T’as vu un peu la culture gé ? 😛

10 ans plus tard, je crois que si on me demandait ce que j’attends… Je répondrais un truc du style : 

« Je n’attends rien mais si j’avais un souhait… j’aimerais qu’il soit vivant, qu’il ait un job qui lui plait et qu’il ne soit pas tout seul. » 

Essayer de tout contrôler, ce serait, quelque part, renier que notre gosse est né avec une particularité qui le rend atypique et donc exceptionnel : Du coup, protégeons mais libérons !

5) Le patriarche :

J’ai envie de te parler du patriarche. Tu sais, c’est ce mec qu’on imagine au bout d’une très longue table remplie de convives, tranquille, à contempler tout ce petit monde bruyant sous un œil bienveillant.

Quand il prend la parole, soudain, le silence se fait et tout le monde écoute béatement. En tant que cinéphile et marié à une sicilienne, je t’avoue que l’image qui me vient dans la tête directement quand on parle de patriarche… c’est Don Corleone, du Parrain. Je ne suis plus à un stéréotype près et prépare-toi, je n’ai pas fini.

Oui, je crois que les hommes espèrent tous être une sorte de Don Corleone quand ils seront vieux… Oui, bon, c’est un mafieux qui tue des gens mais t’as compris l’idée.
Quelque part, nous souhaitons être respectés et admirés, certes… mais nous souhaitons surtout pouvoir dire à notre conjointe : « t’inquiète, je gère ».  Regarde comme nous sommes fiers quand nous arrivons à monter un meuble IKEA ! On a géré comme des rois !

patriarche et papaJe vais la monter cette armoire Kligebpluk, chérie. Tinquiète, je gère !

Elle est là, la principale difficulté quand on est père d’enfant autiste, je crois : Accepter que Don Jean-Bruce aura du mal à dire « t’inquiète, je gère » et que malgré tous nos efforts… Bah on galère même si on aura toujours du mal à l’avouer.
En même temps, Batman n’a pas de supers pouvoirs, juste du courage et des gadgets super cools.

On a aussi cette image un peu idiote qui nous fait dire qu’un patriarche représente l’autorité… Mais quand tu es piquouzé à la méthode ABA comme je peux l’être… tu te rends compte que l’autorité et l’autisme sont aussi compatibles qu’Afida Turner et le raffinement. 

Je crois qu’un patriarche, mon Jean-Bruce, ce n’est pas un stéréotype au bout d’une table mais simplement un homme qui prend soin de sa famille.

Tu le fais ?

Chapeau, t’es Don Corleone.  😎 

6) La relation d’un autiste avec son papa… et réciproquement :

Quand on a des gosses, on est toujours super contents quand… ils dorment, certes.
Mais l’intérêt principal, c’est aussi de passer de bons moments. En un sens, on espère toujours avoir un jour des passions communes… et si possible que ce soit les tiennes. Oui, je sais, c’est complètement con ce que je raconte quand on le lit comme ça. Mais réfléchis deux secondes.

  • T’es fan de foot ? Tu as probablement espéré un jour emmener ton fils dans le Kop des Magic Fans pour beugler sur l’arbitre. Ou qu’il devienne le nouveau Kilian Mmmmbappéééééé.
  • T’es fan de chasse ? Tu as probablement espéré pouvoir emmener Carotte courir après les lapins avec ton pote Gégène.
  • T’es fan de musique ? Tu as probablement espéré pouvoir monter le groupe « Jean-Bruce Band » et taper des bœufs dans ton garage avec tes ados boutonneux qui trouveraient leur « vieux » trop cool…
  • T’es fan de curling ? T’es vraiment chelou.

La difficulté que tu rencontres avec un gosse autiste c’est que… même si ce n’est pas impossible qu’il aime ce que tu aimes… ça va vraisemblablement être plus rapide si c’est toi qui t’intéresses à ses passions et que ses passions… sont rarement collectives. Pas simple. 

Cependant, c’est ça qui est super avec eux : quand tu vas lire partout que les autistes ont des intérêts restreints… Tu peux avoir une autre lecture : les autistes sont des passionnés. 

Mon fils, tu vois, il adore les puzzles, jouer du piano, dessiner et est un fan d’Ariol. Ariol, c’est une espèce de crétin d’âne qui est amoureux d’une vache qui s’appelle Pétula… J’accroche moyen.

passion enfant autisteDTC, Ariol !


Du coup, je me suis mis aux puzzles et au piano… Et je suis vraiment mauvais. Coup de bol, il aime aussi jouer à Mario Kart, ouf !

On ne sait jamais trop ce qui se passe dans leurs têtes et l’interaction n’est pas leur fort. Du coup, procède par mimétisme. Tu vas forcément faire les choses d’une manière qui à un moment ne lui conviendra pas et il/elle te corrigera. Oui, les rôles sont inversés mais on s’en fout : vous interagissez.

Profite du présent et de tous ces moments plutôt que de te faire des cheveux gris, tu vas ressembler à Gandalf ! Fais attention à ne pas reporter toutes tes attentes sur son frère ou sa sœur s’il en a. Ça peut être un réflexe inconscient.

Le futur, c’est plus tard… Ça n’empêche pas de le préparer un peu quand même. Parlons de ton taf, tiens.

7) Un toit sur la tête, des pâtes dans l’assiette

Je vais te raconter une petite histoire personnelle si tu le veux bien. Ça sera rapide et peut-être tireras-tu des enseignements de tout ça.
Je bosse dans le e-commerce. Mon boulot, c’est de faire de la vente en ligne. J’ai vendu pas mal de trucs différents. Du papier peint, des housses de couette, des pompes à chaleur qui ne pompaient pas grand chose… un peu de tout.
Quand le diagnostic est tombé, ma femme a dû arrêter de bosser d’autant que ça coïncidait avec l’arrivée de mon petit deuxième. Du coup, je me suis cherché un job moins loin qui ramène plus de pépettes et j’ai eu du bol, j’ai trouvé.
J’ai donc annoncé à ma boss de l’époque que je partais en lui expliquant ma situation… et elle l’a super mal pris. Je t’évite les détails mais le préavis a été champêtre ! Un grand moment d’humanité et d’empathie !

Bref, je change de job. Il se trouve que mon nouveau PDG avait un gosse autiste mais ça je ne l’ai su qu’après. J’ai donc fait mon taf, plutôt bien. A un moment, il a passé la main et un nouveau PDG est arrivé. Coup de bol là encore, il s’occupait d’une association pour aider les parents d’enfants autistes. Ça roulait.

Au bout de 4 ans, on m’a proposé un job encore mieux payé et encore plus près de chez moi. Du coup, j’ai changé. Mon boss me kiffait grave : « j’adore travailler avec toi : tu apportes de la fraîcheur et un côté rock n’roll au Comité de Direction », qu’il disait.
J’ai recruté et manageais 7 personnes dont j’étais très fier. 
En septembre 2019, la rentrée de Caramel se passe super mal. Ma femme avait besoin d’un coup de main. Mon toubib m’arrête un mois : je n’étais pas en état de bosser, je n’ai aucun mal à le dire.
Les ventes marchaient très bien et mon équipe pouvait gérer pendant mon absence. Je n’ai donc pas caché les problèmes personnels que je rencontrais.

Le jour où je suis revenu, on m’a proposé une rupture conventionnelle.
Quand j’ai refusé, ce qui me servait de PDG m’a dit : « Ah d’accord. A partir d’aujourd’hui, t’as plus d’équipe. Tu vas te mettre à ce bureau, seul dans un coin. Ça te fera réfléchir. »

Bon, tu commences à me connaître, inutile de te dire que je l’ai envoyé se faire voir chez les helvètes et que le bureau en question m’a vu passer deux heures à tout casser, le temps de vider mes tiroirs. Un mec remarquable.

La moralité… c’est que…  j’aurais dû fermer ma gueule. Si demain tu te retrouves en face d’un recruteur, ferme-là. Ne dis pas que tu as un enfant autiste : tu vas lui faire peur. Ne crois pas qu’il comprendra ce que cette « expérience » a pu t’apporter ou en quoi c’est un atout.
Tu es Batman ! Personne ne doit connaître ta véritable identité !

La bonne nouvelle, c’est que l’autisme de mon fils m’a poussé à avancer professionnellement. Ça m’a donné une niaque que je n’avais pas et m’a rendu plus humain dans ma façon de manager. J’ai pu donner leur chance à des personnes qui n’avaient pas toujours le meilleur CV mais les meilleures valeurs et si c’était à refaire… je le referai sans aucune hésitation. 

Au final, l’important, c’est « un toit sur la tête, des pâtes dans l’assiette » (elle est de moi, celle-là). Le reste, on s’en fout… mais pense à fermer ta gueule quand même.  😆 

8) Sous la carapace, y’a un gros cœur qui bat

Mon Jean-Bruce, j’ai constaté que beaucoup d’hommes ont un point commun et c’est la pudeur. Attention, je ne te parle pas de Gégène qui montre son cul dès qu’il a bu deux mauresques, hein !
Non, je dis juste que ce n’est pas naturel de sortir tout ce qu’on a dans les tripes. Ça dépend beaucoup de chacun mais avouons que les femmes y parviennent souvent plus facilement.
Nous, nous choisirons la fuite, le silence, la déconnade… Moi, je raconte des bêtises sur un blog.

10 ans plus tard, et même si ce n’est pas une citation extrêmement réjouissante… je crois que « avoir un enfant autiste, c’est savoir vivre avec le cœur brisé. » (celle-là aussi elle est de moi).
Cela dit… nous avons aussi l’opportunité de vivre une vie exceptionnelle. Plus dure bien sûr… mais tu vois, mon pote, nous n’avons de toute façon pas le choix.
Fonce ! La victoire n’en sera que plus belle.

« La seule richesse en ce monde, ce sont les enfants. »
Don Corleone

Duck

mai 3, 2019

avril 4, 2017

février 27, 2017

Qui c'est, ce mec là ? 

Franz Le Duck

Fondateur, administrateur et contributeur exclusif de Ozuste.com. Grand fan du néologisme post moderne ozustien dont voici un échantillon : Bigreburnes ! Ce type écrit très lentement, au rythme d'une article tous les 3 ans, c'est une catastrophe sur pattes.

Allez, sois pas timide ! Laisse-donc un petit commentaire ou un coucou !

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  1. Bonjour
    Je me devais en tant que papa d’un petit garçon autiste être le premier à réagir à cet article. 😉
    Il y a un mois environ, ma conjointe ne m’a pas donné un coup de coude dans les côtes mais m’a envoyé un mail avec pour sujet « A LIRE », et un lien vers votre article « Il est autiste : Et maintenant, on fait quoi ? » . J’ai donc obéit…
    Nous venions d’apprendre le diagnostic et je vous avouerai que votre blog, et plus particulièrement cet article, m’a fait un bien fou dans ces moments « un peu » compliqué.
    J’ai encore cette phrase pleine de tact en tête dite par la psychologue : « Alors là, on est en plein dedans » (dans l’autisme).
    Depuis, je me suis mis à lire des livres autres qu’Harry Potter, me familiarise avec les méthodes DENVER et ABA, enchaîne les rdv médicaux, … bref, pas vraiment la vie que je m’étais imaginée… mais votre blog est une vraie bouffée d’air… Alors je voulais simplement vous dire merci. Je pense que le meilleur conseil qu’on ait pu avoir, c’est de penser « court terme », et comme vous le dites si bien « le futur, c’est plus tard ». Alors je me concentre sur le court terme, mais lire l’expérience d’un papa qui a 8 ans « d’avance » sur moi est très enrichissante, et me permet d’entrevoir un avenir différent de celui imaginé (tant pis pour la porsche), mais un avenir heureux.
    Au plaisir de vous lire (et relire).

    1. Greg, tu n’as pas idée du plaisir que tu me fais en m’écrivant ce message.
      T’inquiète, la Porsche n’a aucun intérêt… on ne rentre pas les enfants dedans.
      A très vite, poto !

  2. Hello,

    Tellement content de te relire. Comme Greg ci dessous ( ou au dessus ? Dans quel sens cela va s’afficher ???), ton site m’a fait du bien lors du grand fracas de l’annonce il y a un an déjà. Depuis, que de galères et de chemin parcouru…le crâne s’est dégarni et les côtés ont grisonné. J’avais peur de ne plus te lire car il faut bien le dire, nos vies sont bien chargées.
    En ce qui me concerne, mon boss et les equipes dirigeantes sont très compréhensives et me permettent de faire du télétravail et des rdv à droite à gauche (tant que le boulot est fait of course). J’espere donc pouvoir affirmer le contraire de ton article car il aurait été compliqué pour moi de le cacher (on bosse tous les deux, imagine l’emploi du temps).
    Bref, « Lucien » fait sa rentrée en UEMA. Les progrès sont lents. Il faut être patients.

    Et pour Greg, le newbie de l’autisme, accroche toi comme jamais. J’ai eu et j’ai encore de très sombres moments et pensées. Mais si on est pas là pour eux, personne le sera. Et conseil numéro uno : avoir des moments avec sa femme !!

    A plus

    Joachim

  3. Bonjour et bravo !
    Je me suis evadée en vous lisant… je suis éducatrice..
    Je ne suis pas maman d'enfant autiste quoique… mais maman d'enfants différents et ou porteur d'handicap… et j'ai trouvé plein de similitudes… au travers de vos lignes et citations…
    Plein d'humour… de vérités… de vie..
    Merci

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